Journal de l'autre bord



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dimanche 27 février

Les biscuits défendus

J'imagine qu'elle protégeait mon intégrité.

Car, de même que l'on écarte quelque jeune enfant de la lecture des "Mickey" à papa, ces magazines glacés qui réchauffent les sens virils par une nudité toute crue s'exposant sans le moindre artifice, j'ai dû être logiquement mis à l'abri des attaques, forcément nocives, que fomente honteusement le lobby industriel du sucré contre les petites dents fragiles de l'enfance toute entière.

Mais il demeure cependant ce mystère : pourquoi donc y avait-il de telles horreurs alimentaires dans son salon, bien cachées, sous clef, à l'abri de mes petites mains innocentes ? Pourquoi des biscuits au chocolat, des barres Mars et autres joyeusetés, s'il s'agissait bien là d'un poison si sûr ?

Car Sainte-Corinne a dépensé beaucoup d'ardeur à développer un sens très subtil de l'hospitalité. Partant visiblement en guerre contre ma gourmandise enfantine, un vilain défaut qui vraisemblablement aurait dû la ruiner en un déjeuner dominical d'un pauvre week-end sur deux, elle m'a donc singulièrement exclu, pauvre et encombrant fils d'un premier mariage honni, de son étrange bien-être familial dans lequel je me devais d'après elle d'interférer.

Je me souviens ainsi de ce placard haut perché, dans cette déprimante cuisine, de ces quelques gâteaux rassis, ces quelques rances paquets jadis éventrés par une âme aussi désespérée qu'affamée, toutes ces gâteries insipides et ramollies qui rivalisaient de sédentarisation et attendaient, je l'imagine encore volontiers aujourd'hui, l'heure où la poubelle les engloutirait enfin pour les soustraire à leur sort de l'inéluctable rejet paternel.

Etait-ce donc tout ce que je méritais du haut de mes quelques années, du haut de ma politesse de jeune garçon élevé dans les irréprochables manières d'une grand-mère éminemment chrétienne ? Mais c'était bien cela qui devait exactement irriter ma jeune belle-mère : mes fameuses manières, trop polies, trop efféminées, trop tout...

C'est étrange finalement comme j'ai cumulé de tout temps cette sensation récurrente de persona non grata, d'intrus de toute part, de petit et encombrant rebut. Et en ce sens, mes passages éclairs au heures de garde de mon père, ces longs et interminables espaces de quelques heures le week-end où, la majeure partie du temps, il vaquait inlassablement à ses passions équidées, me donnaient le terrible déplaisir de me retrouver souvent seul avec elle, pire encore, avec ses transparents et envahissants parents, longtemps vissés au même palier. Il y avait là mon vouvoiement intensif à leur encontre, mes civilités d'usage où je donnais du "Monsieur" et du "Madame", et pire que tout, leurs baisers obligés, du bout des lèvres... Tout transpirait l'évidente distance d'une grand-parentalité refusée, à l'instar de leur fille nouvellement mariée qui, obstinément, se serait refusée à développer une quelconque tendresse à mon égard... Bien au contraire, elle préférait de loin m'imposer le fruit de ses réflexions les plus mesquines.

Une certaine idée de la bêtise, ou de l'aigreur, je n'ai jamais trop su en fait, c'était certes là son habitude avec le monde adulte dans son ensemble et avec sa belle-famille, à sa décharge malheureusement très italienne, en particulier. Jeune homme pourtant sans problème, sans désir, sans l'once d'une pauvre demande, je ne suis cependant pas très convaincu, ma fallacieuse adolescence paisible aidant, d'avoir mérité de vivre des jours comme cela..

Je lui ai toujours connu ce type de rapports qui, même s'ils se sont quelques peu humanisés avec l'habitude de la médiocrité, n'en sont pas moins sempiternellement demeurés futiles, inutiles, superflus, en un mot totalement dispensables. Et c'est ainsi que, l'instance de divorce de mon paternel aidant, j'aurai naturellement zappé un programme désespérèment brouillé, aussi pertinent qu'une ligne de mire devant l'éternité.

Alors ? Pas un appel en une vie, rien, pas un cadeau aimable, pas un petit plat, pas une tendresse et là... Là ?

Y a-t-il réellement un intérêt à vouloir me contacter subitement ? Est-ce mon homosexualité qui fédère un je ne sais quoi de voyeur, est-ce l'air de rien pour parler de mon père qui lui a récemment échappé, est-ce pour de vrai, est-ce pour de faux, que subitement elle me dépose un message pour prendre de mes nouvelles, celles-là mêmes dont elle s'est pourtant foutue vingt ans durant ?

Alors j'hésite, j'oscille entre la corvée de mon rappel et une certitude aquoiboniste, entre ma politesse légendaire et mon émancipation des convenances démodées.

Et quelque part en moi, néanmoins fidèle à mon éducation, cette indécrottable gentillesse qui me donne à oublier les biscuits au chocolat qu'elle enfermait dans l'imposant buffet d'à côté...


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De luXe au clavier à 19:42

En quelques mots
Après le Horla, la vie. Dusse-t-elle être plus gay que je ne l'aurais souhaitée... ou moins, d'ailleurs... Un peu comme une messe quotidienne, avec une quête certaine... de(ux) sens.
Dans mes cartons...
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