Journal de l'autre bord



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lundi 21 février

Un ange passe (mais bien trop vite)

Un vendredi ordinaire, du genre de ceux qui augurent un week-end des plus insignifiants, tant qu'à bien faire sous la pluie glaciale, et le leitmotiv habituel, méthode Coué de l'économie matérielle, pour se répéter à l'envie qu'il est bon de rester chez soi et n'en rien dilapider.

Un vendredi comme les autres donc, annonciateur du rien, et moi penaud devant mon ordinateur nomade, draguant l'âtre pour épouser davantage un peu de chaleur volatile, me réchauffer de mon ennui dans mon foyer solitaire, en attendant des jours meilleurs, au propre comme au figuré. Mais pas un seul instant je me figurais du divin miracle à ma porte, de ce que la magie puisse encore jouer en ma faveur, mirage et oasis, tout en un, en une apparition divine dans l'embrasure : un ange à ma porte, le mien, mon ange à moi, mon amour, mon Chocolat suisse.

Ludovic qui traverse sans rien dire ses montagnes et avale des centaines de kilomètres, différant positivement de deux exactes semaines nos retrouvailles attendues, s'est métamorphosé malgré lui en apparition mariale, faisant de moins une Soubirous d'un genre nouveau, le témoin privilégié de ce que pas un seul instant j'imaginais contempler, son sourire franc et médusé objet de mes incertitudes subites.

Qu'était-il, usurpateur, chimère ou rêve ? L'espace d'un temps, quelques interminables secondes, il ne m'a pas été donné de réagir ni même de comprendre la réalité. Ereinté par mon côté terriblement terre-à-terre, j'en oublie quelquefois combien la fantaisie est un grain de sel qui s'accommode aux plats les plus savoureux, à ces amours délicieuses auxquelles on goûte une fois et dont on ne se passe jamais plus. Un brin de folie, sa folie habituelle, son sac à surprises, le souci omniprésent de davantage me surprendre encore, c'était évident, c'était écrit quelque part... et pourtant... Je n'ai rien su venir, jamais je n'avais osé scénariser dans mon conscient inconscient une telle diversion, ce qu'il pouvait, une fois encore, ainsi ou comme cela, me donner à connaître de lui.

Mon homme est un puits aux merveilles, celles qu'il recherche inlassablement pour moi, avec cette obsession omniprésente de me les offrir, de me faire plaisir, de me combler sans que je n'ai le seul besoin d'en formuler un simple désir. Il est là, à distance, mais attentif, chaque jour, chaque nuit ; il écoute, entend clair mes silences, mes malaises, mes aspirations que j'ignore moi-même quelquefois ou feins, peut-être, d'ignorer.

Et il exauce, tout et n'importe quoi, petit ange gardien qui me veille jusque dans mon intégrité bancaire, Père Noël hors saison et à plein temps remplissant ma vie, mes penderies, mon frigidaire de tout ce qu'il lui sied de partager avec moi. Où s'arrêtera-t-il ?

Je suis sans cesse soufflé de ses bras qui m'entourent et me prodiguent tant de soins. Pas habitué, pas un seul instant, par des rencontres tellement linéaires, voire plus égoïstes ; l'écart est grand, il faut avoir le coeur souple pour en faire une évidente différence et mesurer, mètre en main, ce qui le sépare du commun des mortels.

Mon Ludo, cette créature presque féerique, même doublée à ses heures d'une fieffée et exaspérante canaille, possède ce doux avantage sur  quiconque de m'aimer profondément, pour ce que je suis, sans rien en changer. Il y a là une telle intensité, un tel talent, que chaque jour qui passe j'en viens à me demander s'il n'est pas Dieu possible d'avoir eu autant de bonheur dans un seul clic d'un internet que n'importe quel pratiquant romantique trouvera souvent sordide et dérisoire.

Combien de pioches de cet acabit ? Combien de pauvres chances de rencontrer quelqu'un de simplement valable ? Et, par dessus tout, hypothèse improbable, combien d'anges sur un marché de dupes ?

Certains, ils sont infinitesimalement rares, décrochent une fois dans une vie le pactole, le gros lot, les numéros d'un potentiel bonheur pas même garanti sur facture. Moi, je n'ai aucune bonne fortune au jeu, pas même à la pêche aux canards dans une kermesse ; rien, la scoumoune à l'état pur, liquide, comme l'argent qui me fait sempiternellement défaut. Mais, j'ai réalisé l'équation impossible sans en demander quoi que ce soit, je brandis ma victoire, ma combinaison d'une joie de chaque instant depuis bientôt une année des plus belles.

Oui, moi, petit perdant éternel, j'ai sur mon épaule la tête la plus tendre, j'ai contre ma poitrine le coeur le plus entier qu'il soit, j'ai trouvé mon chérubin qui m'accompagnera chaque instant de chaque jour et me protégera de ses ailes.

Un paradis et une bonne étoile.


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De luXe au clavier à 22:57

En quelques mots
Après le Horla, la vie. Dusse-t-elle être plus gay que je ne l'aurais souhaitée... ou moins, d'ailleurs... Un peu comme une messe quotidienne, avec une quête certaine... de(ux) sens.
Dans mes cartons...
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Février 2004

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